En attendant de vous revoir…

 

Cher(e)s ami(e)s,

La Maison Jacques Copeau vit en ce moment comme de très nombreux lieux, privée de ce qui fait sa raison d’être : accueillir des artistes en quête de tranquillité, de recueillement, d’immersion collective, venus expérimenter, créer, se former…
Ceux qui y sont passés connaissent la paisible terrasse à l’ombre des sycomores. On s’y rassemble pour travailler, pour converser, pour l’apéro ou les repas. Voici, publiés en ces temps confinés, de courts billets circulant sous les sycomores. Ils sont nourris d’histoires, de personnes, de rêves dont la Maison a fait son miel depuis l’installation de Copeau et des siens.
Vous pouvez aussi retrouver ces billets sur la page Facebook de la @maisonjacquescopeau.

 

Sous les sycomores :
billet n°1

🔸Le voyage des deux colombes 🔸

Les deux colombes sont depuis 1913 le symbole du Théâtre du Vieux-Colombier. Copiées par un ami de Copeau sur le pavé de la basilique San Miniato al Monte de Florence, elles le suivront aux États-Unis pendant la guerre puis avec sa troupe en Bourgogne. Après l’arrêt des Copiaus, elles seront adoptées par la compagnie des Quinze en 1930. Posées dans la lucarne de la Maison, elles offrent une vue unique sur les vignes de Pernand-Vergelesses.

🔸 Jouvet et Copeau, à la lettre 🔸

Louis Jouvet (1887-1951) et Jacques Copeau (1879-1949) ont nourri pendant près de 40 ans une correspondance qui éclaire autant le chantier de la rénovation du théâtre rêvée par les deux hommes que l’histoire d’une amitié et de ses blessures.  En 2013, à l’occasion du centenaire du Vieux-Colombier dont Jouvet a été le régisseur, Gallimard publie ces lettres dans une édition établie, présentée et annotée par Olivier Rony.

-Extraits choisis par Claire-Jane Jouvet sur le site qu’elle dédie à Jouvet :

 

Sous les sycomores :
billet n°2

Sous les sycomores :
billet n°3

🔸Naissance et renaissance du Vieux-Colombier🔸

Le metteur en scène italien Giorgio Strehler sera l’un des artisans de la renaissance du Théâtre du Vieux-Colombier en 1991, avec Marie-Hélène Dasté, costumière et comédienne, fille ainée de Copeau. Pour Strehler, Copeau incarne « le sentiment de l’unité du théâtre, unité entre la parole écrite et sa représentation, acteurs, scénographes, musiciens et auteurs, ne faisant qu’un tout, jusqu’au dernier machiniste. » Strehler veut alors faire du Vieux-Colombier un théâtre-école, rêve cher à Copeau.

Pendant les travaux, Strehler et Marie-Hélène Dasté témoignent.

🔸 Pernand, fabrique éphémère de masques🔸

Un masque d’inspiration Nô réalisé par les Copiaus en Bourgogne entre 1924 et 1929. La redécouverte du masque comme outil de création et de pédagogie théâtrale est l’un des axes explorés par Copeau et sa troupe. Elle se poursuivra et s’enrichira à travers Jean Dasté et Jacques Lecoq.
Quant aux traditions du théâtre asiatique, on s’y intéresse au Vieux-Colombier dès les années 1920, avant que d’autres metteuses et metteurs en scène s’en emparent.

L’historienne Estelle Doudet éclaire cet héritage en évoquant une mise en scène pionnière du Nô, Ce que murmure la rivière Sumida, à Grenoble en 1946. Où l’on retrouve Suzanne Bing et Marie-Hélène Dasté:

 

 

©maisonjacquescopeau – Masque d’inspiration Nô

Sous les sycomores :
billet n°4

Sous les sycomores :
billet n°5

🔸Jean Dasté, des Copiaus à la Comédie Saint-Etienne🔸

Comédien, metteur en scène, gendre de Copeau, Jean Dasté a poursuivi en y imprimant sa marque la démarche initiée par Copeau et les Copiaus, en particulier à la Comédie de Saint-Etienne.
1904 : Naissance à Paris
1922 : Intègre l’école du Vieux-Colombier
1924 : Prend part à l’aventure bourguignonne des Copiaus
1928 : Épouse la fille aînée de Copeau, Marie-Hélène
1947 : Fonde le Centre dramatique de la Cité des mineurs, coopérative ouvrière d’intérêt public régional.
1969 : Dirige la Maison de la Culture de Saint-Etienne
1994 : Mort à Saint-Priest-en-Jarez (Loire)

À découvrir, un portrait réalisé par Jean-Claude Chuzeville qui éclaire la figure de Jean Dasté par l’histoire et à travers le regard d’aujourd’hui porté par de jeunes élèves de l’école de Saint-Etienne. École de la Comédie de Saint-Étienne :

🔸Un « âge d’or » pour Copeau : Mnouchkine et le Soleil 🔸

Ariane Mnouchkine est metteuse en scène, scénariste, réalisatrice et animatrice du Théâtre du Soleil qu’elle a fondé en 1964. Sa découverte de Copeau a été déterminante dans la création par le Théâtre du Soleil de l’Âge d’Or en 1975. Ariane Mnouchkine a participé aux Rencontres Jacques Copeau 2014 consacrées à la Force du collectif. Théâtre du Soleil – officiel Ariane Mnouchkine – Théâtre du Soleil.

Article “Écrire une comédie de notre temps” – d’Anne NEUSCHAFER :

Sous les sycomores :
billet n°6

Sous les sycomores :
billet n°7

🔸Du livre au tréteau nu – à la recherche de la poésie dramatique 🔸

C’est avec les écrivains de la NRF que Copeau fomente la révolte qui donnera naissance au Théâtre du Vieux-Colombier. C’est par les auteurs qu’il aborde le théâtre, en commençant par adapter « les Frères Karamazov » de Dostoïevski. Sa bibliothèque conservée à Pernand en est l’illustration. On y trouve entre autres une traduction de Shakespeare que Copeau a réalisée avec Suzanne Bing, une figure méconnue mais essentielle de son histoire. (voir Billet n°8)

🔸Suzanne Bing ou l’art du ciseau🔸

« Si l’on n’est pas Michel-Ange / Être le ciseau de Michel-Ange » écrit Suzanne Bing à propos de sa collaboration avec Copeau. Comédienne, pédagogue, elle est au cœur du projet d’école ; co-traductrice de Shakespeare avec Copeau, elle est de toutes les aventures du Vieux-Colombier et des Copiaus. Maitresse de Copeau dont elle aura un fils, Bernard Bing, elle revendiquera pourtant avec constance de rester dans l’ombre.

L’historienne Raphaëlle Doyon éclaire cette figure majeure en s’interrogeant sur la place des femmes dans la construction de l’histoire.

Sous les sycomores :
billet n°8

Sous les sycomores :
billet n°9

🔸La petite Catherine de Pernand🔸

Née à Beaune en 1929, l’année ou s’achevait l’aventure des Copiaus, Catherine est la fille de Maiène et de Jean Dasté et la petite-fille de Copeau. Comédienne, metteuse en scène, pédagogue, pionnière de la création pour le jeune public, elle donne dans les années 1990 une nouvelle vie à la Maison en initiant les Rencontres Jacques Copeau. En 2002, elle arrête ces rencontres et en appelle à une nouvelle génération pour poursuivre. Il faudra attendre plus de dix ans pour que renaissent les Rencontres en 2013 à Pernand.

 

🔸Jacques Fornier est passé par ici 🔸

« C’est en 1955 que Jacques Fornier et ses trois premiers compagnons se réunissent à Pernand-Vergelesses dans la maison même où Jacques Copeau a vu s’achever sa longue et prolifique méditation sur le théâtre. Et c’est de ce haut lieu du théâtre dont Marie-Hélène et Jean Dasté leur ont permis l’accès que Jacques Fornier et ses amis dessinent les contours de leur « province » – la Bourgogne – et dressent leur plan de campagne. » – Claude Sarraute, « Le Théâtre de Bourgogne suit les traces de Jacques Copeau ». Le Monde, 30 décembre 1959.

Quelques années plus tard, Jacques Fornier parle à la télévision :

 

Sous les sycomores :
billet n°10

Sous les sycomores :
billet n°11

🔸Léon Chancerel, l’éducation populaire et la jeunesse 🔸

A sa mort en 1965, Léon Chancerel est salué par Le Monde comme « le moins connu mais non le moins fécond ni le moins fidèle des trois continuateurs directs de Jacques Copeau ». Il a fait partie de l’aventure des Copiaus avant de fonder le Théâtre antique de la Sorbonne et les Comédiens routiers avec Hubert Gignoux. Artisan de la rencontre entre théâtre et scoutisme, de l’essor des pratiques amateurs, du théâtre pour le jeune public (il fonde le Théâtre de l’Oncle Sébastien et l’Association du théâtre pour l’enfance et la jeunesse (ATEJ)), il est un pionnier de la pédagogie de son histoire.

En 1957, il écrit pour la télévision scolaire une histoire de la farce au moyen-âge:

🔸Gilles et Julien, les Copiaus chanteurs🔸

Avec Gilles (Jean Villard) et Julien (Aman Maistre), l’esprit des Copiaus irrigue la chanson française. Duettistes célèbres dans les années 1930, après l’aventure bourguignonne des Copiaus, ils vont révolutionner le tour de chant et influencer Edith Piaf (“Les Trois cloches”), les Compagnons de la Chanson, Charles Trenet.

L’une de leurs chansons, “La Belle France”, devient l’hymne du Front populaire :

Sous les sycomores :
billet n°12

Sous les sycomores :
billet n°13

🔸« Quitter le théâtre ? Pour aller où ? » Jacques Copeau🔸

En 1922, deux ans avant le départ en Bourgogne, alors qu’il a relancé l’activité du Vieux-Colombier interrompue par la guerre et créé l’école dont il veut faire l’outil de la rénovation dramatique, Copeau songe déjà à s’éloigner. Pour aller où ? Occasion de méditer sur la relation entre l’art du théâtre et le lieu où il s’exerce.

« Rien ne saurait me faire oublier nos années de travail et de vie en commun. Il est important que le public sache que ces années de collaboration n’aboutissent pas à une rupture.
Nous sommes à l’heure où il faut dépayser notre art, le sortir du théâtre. Quitter le théâtre ? Pour aller où ? À l’église ? À l’usine ? Dans les palais des nouveaux riches ? À la maison du peuple ? Sur la place publique ?
Peu importe le lieu, pourvu que ceux qui s’y rassemblent aient besoin de nous écouter, que nous ayons quelque chose à leur dire et à leur montrer. Si nous ne savons pas où aller, allons dans la rue ! Ayons le courage de montrer que notre art est sans asile. À l’aventure ! Tant que nous n’aurons pas trouvé pour y planter notre tente le lieu où nous puissions dire : ici est notre Dieu et notre pays. Mes vœux vous accompagnent. Puissiez-vous en vous sentant tout à fait libres, ne pas vous sentir tout à fait seuls. Il y aura toujours un vieil ami auquel vous ne ferez jamais appel en vain. » – Notes pour une conférence à Amsterdam, 31 janvier 1922, Registres I, Appels.

 

🔸Michel Saint-Denis, du Vieux-Colombier au TNS🔸

Neveu de Jacques Copeau, Michel Saint-Denis travaille à ses côtés depuis son adolescence, au Vieux-Colombier puis en Bourgogne. Quand Copeau met fin à l’aventure des Copiaus, Saint-Denis crée avec eux la Compagnie des Quinze. Metteur en scène, acteur, co-directeur de la Royal Shakespeare Company, il sera un artisan essentiel de la diffusion d’une pédagogie héritée de Copeau, au Old Vic Center à Londres, à l’école nationale de Montréal, à la Julliard Drama School à New York, à l’école du TNS à Strasbourg dont il est le fondateur.


Le site Internet “michelsaintdenis.net“, conçu par ses descendants, offre une approche sensible et très documentée d’un personnage méconnu au parcours passionnant :

Sous les sycomores :
billet n°14

Sous les sycomores :
billet n°15

🔸De quoi les Registres sont-ils le nom ?🔸

« Les “Registres“ longtemps médités, et dont, tout au long de sa vie, il avait collectionné et rassemblé la matière première, Jacques Copeau ne les rédigea jamais. » Ainsi commence la présentation, en 1974 du premier des Registres publiés chez Gallimard, « Appels ». D’autres le feront pour lui, entrainés par sa fille Maiène et Suzanne Maistre Saint-Denis. Une aventure éditoriale collective inédite, longue de près d’un demi-siècle, le huitième et dernier volume ayant attendu 2019 pour voir le jour. Les Registres plongent le lecteur dans une pensée vivante, une pensée sans cesse en cours d’élaboration, mêlant l’histoire et l’intime, la théorie et la pratique, le passé et l’avenir du théâtre.

Marco Consolini, co-directeur des deux derniers volumes, évoque les coulisses de l’histoire des Registres :

🔸Un thé sous les sycomores avec Maiène 🔸

Marie-Hélène Dasté (Maiène) est la fille aînée de Jacques et Agnès Copeau. Comédienne et costumière, elle partage l’histoire des Copiaus puis de la Compagnie des 15 avant de travailler avec la compagnie Renaud-Barrault. Grâce à elle, la maison de Pernand restera un lieu ouvert au théâtre vivant et les Registres verront le jour (billet n°15).

En 1992, deux ans avant sa disparition, Maiène rencontre Catherine Lepoutre et Pascal Joseph, deux documentaristes venus vendanger à Pernand. A partir d’un récit tout juste écrit par Maiène, nait un film mêlant mémoire, rêverie et fiction, le Thé sous les sycomores.

Sous les sycomores :
billet n°16